vendredi 11 décembre 2009

De l'hyperlocal révolutionnaire: Nase Adresa


Alors que tout le monde parle de LeWeb09, je vais revenir sur le World Editors Forum où j'étais la semaine dernière. De toutes les présentations et conférences,  celle qui m'a le plus surpris et convaincu vient de l'est de l'Europe. Il ne s'agit pas encore des polonais de Gazeta Wyborca, dont les blogs new media se sont déjà faits l'écho. La surprise vient cette fois de République Tchèque, où a démarré cette année la publication de Nase Adresa ("notre adresse", en Tchèque), un projet d'hebdomadaire hyperlocal un peu fou.

J'ai eu l'occasion d'interviewer Roman Gallo, le directeur de la stratégie média de PPF, le groupe qui est derrière Nase Adresa. Le projet s'articule autour de trois éléments: les éditions de l'hebdomadaire, différentes pour chaque zone, un centre de formation permanent, basé à Prague (Futuroom, qui mériterait lui aussi son article), mais surtout les "cafés éditoriaux".

Je vais me pencher dans cet article uniquement sur les cafés, l'élément le plus surprenant de ce projet. Pour produire un contenu original dans chaque région dans laquelle l'hebdo paraît, des antennes régionales sont mises en place, directement dans des cafés type Starbucks, ouverts à l'occasion par le journal (!).

La salle de rédaction est au milieu du café, accessible aux clients, qui voient le travail des journalistes, peuvent les interpeller, commenter les articles, leur donner des idées, des photos. Au niveau proximité, hyperlocal, ou local, cette initiative atteint des sommets inexplorés: les journalistes sortent de leur statut d'élites, pour entrer en contact direct, réel et permanent avec les lecteurs. Ils ont pour mission d'aider les lecteurs désireux de produire du contenu pour le site web ou pour les hebdos, de les conseiller dans la gestion de leurs réseaux sociaux et autres activités sur internet, et surtout, ils peuvent eux-mêmes directement les interroger, avoir leur avis sur un article, rechercher des témoignages.

Pour impliquer les gens dans les activités du journal, les attirer dans les cafés-newsrooms, Nase Adresa organise des évènements ciblés sur des groupes de lecteurs: après-midi thé dansant pour les séniors, atelier danse pour les mères et leurs enfants, concerts au sein du café. Le journal, l'information et les journalistes prennent ainsi une place centrale dans la vie d'une communauté.

Chaque café éditorial aura pour mission d'alimenter en contenu original deux ou trois éditions locales de l'hebdomadaire. À terme, 90 cafés devraient ouvrir, pour près de 190 éditions locales, ou hyperlocales selon votre bon goût.
Ce concept est selon-moi une des meilleures retranscription dans la réalité des changements apportés par internet dans les médias: un échange, une conversation est possible entre les journalistes et leurs lecteurs; les lecteurs peuvent produire du contenu, en étant encadrés par les journalistes.

Pour approfondir (naviguez dans le module ci-dessous pour accéder aux articles):

mercredi 2 décembre 2009

World Newspaper Congress 2009, Hyderabad

Voici ma tentative de couverture Twitter du World Newspaper Congress. Je travaille comme video editor/journalist pour le World Editors Forum sur ce congrès. Pas beaucoup de temps libre pour visiter Hyderabad ou partager mes découverte sur mon blog, j'essaie de compenser ça sur Twitter (cliquez sur l'onglet "Liste"):

dimanche 15 novembre 2009

"i", meilleur quotidien national européen de l'année



Le quotidien portugais "i" a été annoncé vainqueur du titre de meilleur quotidien national européen de l'année cette nuit. Une récompense qui sonne comme une réponse à la morosité ambiante qui règne dans la presse écrite, et dans l'industrie de l'information en général. Le journal, lancé seulement en mai dernier en pleine crise économique, démontre l'efficacité, au moins à court terme, de l'innovation la plus effrontée qui soit, en terme d'investissement, de design, et plus généralement de journalisme. Comme je l'expliquais il y a quelques jours dans cet article, "i" s'est classé en quelques mois troisième quotidien portugais, et continue sur sa lancée, avec une diffusion en progression. La petite taille et la marge de progression potentielle du marché de la presse portugais n'enlève rien à l'audace de l'investissement du groupe Lena, effectué dans le contexte économique le plus heurté qui soit. Il y a donc encore des patrons et des groupes de presse qui ont des cou....... , si cela peut rassurer les plus anxieux. L'opération de lancement du journal a été orchestrée par l'agence de conseil Innovation, qui a participé à la composition de l'équipe, du design, et de la salle de rédaction de "i". Disons qu'en France on a quand même eu droit à quelques miettes de ce souffle d'innovation, puisque l'agence est aussi responsable de la nouvelle formule de Libération. Sauf que Libération ne les a pas laissé aller au bout de leurs idées... C'est ça la France.http://www.ionline.pt/conteudos/home.html

Pour en savoir plus sur "i" (vous pouvez naviguer à la recherche d'articles dans le module ci-dessous):


 P8FM8EPX7MM9

samedi 14 novembre 2009

Le guardian pactise avec Oxfam




L'ONG Oxfam a publié lundi 8 novembre un web-documentaire sur le cyclone Aila, en collaboration avec le Guardian. Environ deux douzaines de courtes vidéos nous présentent la situation de Gabura au Bangladesh, avant l'arrivée du cyclone, puis après le passage de la catastrophe, qui a sévit en mai 2009, faisant 81 victimes, mais surtout affectant près de 2,6 millions de personnes. La qualité des vidéos est remarquable, les images magnifiques, et le contenu très riche, surtout lorsqu'il détaille la vie avant le cyclone, qui se dégrade avec les inondations à répétition, et le changement des conditions climatiques.

Mais que vient faire un document produit par une ONG militante, sur le site du Guardian, qui fait du journalisme?

mercredi 11 novembre 2009

Le quotidien portugais "i" superhero de la presse


La rumeur court depuis quelques mois, mais cette fois ça y est ça explose, tout le monde va en parler. Après The Observer, le New York Times y est même allé de son article dimanche 9 novembre.

La star: un quotidien révolutionnaire lancé en mai 2009 au Portugal, et répondant au doux nom de "i". Trois mois après son lancement en pleine crise économique et crise de la presse, il se classait troisième quotidien portugais, avec des ventes à la hausse. Pas de quoi fouetter un chat me direz-vous, vu la petite taille du marché de la presse au Portugal: les deux plus gros quotidiens, Público et Diário de Notícias ont vendu respectivement 37 000 et 31 000 unités, selon l'article du New York Times. Le marché a donc encore un gros potentiel de développement, avec seulement 60 journaux vendus pour 1000 habitants.

Mais "i" est quand même passé de 11 000 ventes en mai à plus de 16 000 en août, et continue sur sa progression; le journal a également gagné un des prix du meilleur design des journaux espagnols et portugais en Octobre. Ceci grâce à des choix esthétiques et journalistiques tranchant radicalement avec ceux des quotidiens traditionnels. La formule magique a été concoctée début 2009 par l'équipe du journal et le cabinet de conseil en médias Innovation.

C'est drôle, c'est aussi eux qui ont travaillé sur la nouvelle formule de Libération. On sent d'ailleurs bien le lien de parenté en comparant les "unes", mais avec "i", ils ont pu se lâcher, pas encombrés par la réputation d'un grand quotidien.

Résultat: un pur "quotidien-magazine" sans retenue, rempli de photos et d'infographies. Cinq sections, et pas de rubriques à remplir obligatoirement chaque jour: Opinion pour penser, Radar pour connaître, Zoom pour comprendre, et More pour ressentir. Cinq mots clefs, cinq manières d'analyser l'actualisé déclinées sur 56 à 64 pages. La philosophie: les gens vont chercher les faits sur internet, à la radio; dans la presse papier ils cherchent de la qualité, photo, design, analyses en profondeur, et surtout, l'opinion, mise en avant.

L'équipe est jeune et cherche à innover en permanence dans ses reportages et ses enquêtes, et surtout son graphisme, comme le confie l'équipe dirigeante à l'EditorsWeblog: "au départ, on pensait avoir des mises en page fixes... mais tout ça a vite volé en éclats, et on a réalisé que tout le graphisme, le design et la mise en page devaient être refaits chaque jour sur mesure pour les textes des reporters." Et ça se voit.

Le quotidien est aussi très présent sur internet, Facebook, Twitter, et ambitionne de créer une véritable marque "i", qui se déclinerait sur différents supports.
Les investisseurs leur donnent 5 ans pour arriver à l'équilibre. D'ici là, ils continuent chaque jour de proposer des unes plus travaillées les unes que les autres, en travaillant dans leur salle de rédaction toute neuve, elle aussi pensée par Innovation.


Ils n'ont pas fait les choses à moitié, contrairement à Libération, qui garde une page web calamiteuse, même si la nouvelle formule porte pour l'instant ses fruits. Gardons donc un oeil sur "i" au Portugal, sorte de mixte entre Good Magazine et XXI, dommage qu'on ait pas ça en France.

vendredi 6 novembre 2009

Pour des journalistes netocrates

Eric Schmidt, PDG de Google
Le 28 octobre dernier, devant un parterre de chefs d'entreprises, Eric Schmidt, PDG de Google, a présenté sa vision d'Internet dans cinq ans. Il a dit beaucoup de choses, mais je n'en ai retenu qu'une: le défi de notre temps (et donc de Google), c'est la classification de l'information. Classer, ranger les données, pour savoir quelles sont celles qui sont pertinentes, dans l'infini volume du contenu produit sur Internet, sur Twitter, Facebook, Youtube, les blogs, ou par des entreprises de presse, le raz de marée de publicités ou de communication.

Ce défi, savoir lire l'information, frayer son chemin dans la jungle des données, n'est pas seulement celui de Google, et a depuis longtemps été formulé. Par des auteurs de science fiction ou d'anticipation tout d'abord, qui ont imaginé dès les années soixante la figure du veilleur, ce travailleur de l'information qui signale les tendances et les avancées significatives à ses clients. On en trouve d'excellents exemples dans cet article de Christophe Deschamps. Plus récemment, les suèdois Bard et Söderqvist ont affirmé dans leur livre Les Netocrates, que l'ère du capitalisme laissait en ce moment place à l'ère des Netocrates, les élites de l'information: par leur capacité à donner du sens aux données des réseaux, ils remplacent les capitalistes aux postes influents.

Mais pourquoi les journalistes, professionnels de l'information, semblent-ils rester sur le carreau, alors que les entreprises et les décideurs s'adjoignent les services de veilleurs professionnels, aux méthodes perfectionnées et efficaces? Voir par exemple les méthodes de veille en constante évolution de ces veilleurs talentueux: Christophe Deschamps et Mael Le Hir.

Pourquoi pas de formation à l'investigation sur Internet pour l'ensemble des journalistes, à l'heure où peu nombreux sont ceux qui ne vont pas bien plus loin que la recherche Google? Il y a bien quelques exceptions, mais elles semblent confinées aux secteurs de l'investigation dans les domaines des nouvelles technologies et de l'intelligence économique. Jean-Marc Manach par exemple, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et Internet, qui partage ses connaissances d'investigateur en ligne avec ses élèves, lorsqu'il fait des formations.

Il ne s'agit pas ici de plaider pour que les journalistes deviennent dignes des services d'intelligence des services secret, mais de faire le vœu qu'émergent plus de professionnels d'Internet. Pas simplement utiliser un agrégateur de flux, Twitter et Facebook, mais une méthodologie de recherche et de classification, utilisant les différentes fonctionnalités des multiples moteurs et autres outils à disposition. Afin qu'ils ne soient pas à la traîne des Netocrates, le nez dans l'actu; qu'ils décodent les grandes tendances sous-tendant le magma informationnel.

Je suis conscient que nombre de gens qui me liront se sont d'ores et déjà formés eux-mêmes à ce type de travail. Mais il y a toujours une marge de progression, quand on se compare aux veilleurs d'information.

Pour que le journalisme en général, et surtout le journalisme en ligne, monte encore en puissance. Et pourquoi pas qu'il ressemble à ça:

Dans Michaelmas [17], écrit en 1977, Algis Budrys met en scène un journaliste d’investigation[18] chargé d’enquêter sur la réapparition suspecte d’un astronaute américain, mystérieusement disparu alors qu’il venait d’être nommé responsable d'un programme d’exploration spatiale confié depuis à un russe.
Si le contexte géopolitique a mal vieilli on peut retenir l’utilisation faite par Michaelmas de Domino, terminal mobile doté d’une intelligence artificielle, avec lequel il est relié en permanence et qui réalise pour lui des synthèses d’actualité, traque les données dans les bases en ligne et l’informe de relations subtiles entre les masses de données qu’il parcourt.
Extrait de cet article de Christophe Deschamps sur Outils Froids, son blog de veille, à consulter pour les références.


mercredi 4 novembre 2009

Levi Strauss reloaded

Le grand ethnologue et anthropologue Claude Levi Strauss nous a quitté le 31 octobre dernier. Mais malgré cette perte, l'anthropologie suit son cours de discipline dynamique. La meilleur preuve en est cette avancée déterminante, survenue la semaine dernière en Espagne.

L'observation ethnographique y atteignait son apogée: trois représentants du peuple papou Dani ou Ndani, originaire de Nouvelle-Guinée ont été invités à passer une semaine dans la "maison" de l'émission de télé-réalité Gran Hermano (équivalent espagnol de Big Brother, Loft Story et autres Secret Story).

Ils ont débarqué dans leurs habits traditionnels dans l'appartement bourré de caméras filmant 24h/24h, accueillis par les candidats de l'émission. Le mythe du "bon sauvage" en est bien renforcé, tant les papous paraissent affectueux comparés aux spécimens occidentaux qui peuplent ce genre de jeux de télé-réalité.

L'émission a vendu ça comme un "choc des cultures"; on peut aussi y voir un pas supplémentaire dans le tourisme-voyeur, au chaud dans son canapé. Ou bien une sorte de tourisme inversé, puisque cette fois ci, ce sont les papous qui voyagent. D'ailleurs, une fois sortis du jeux et des studios télévisés, ont les a emmené faire un tour au ZOO de Madrid.

Comparez cette vidéo avec les pratiques coloniales (merci Marion): http://zoohumain.com/



Faites suivre!

Related Posts with Thumbnails